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Liberté, Dignité, Habitabilité.

13 juil.
3 min de lecture

Baptiste Morizot et Laurent Neyret, respectivement Philosophe et Professeur de droit, ont récemment publiés un court texte de 82 pages qui est un manifeste éco-humaniste qui vise à refonder notre monde au départ de La VIE qui s’est développé sur Terre et dont l’humanité se croit la principale bénéficiaire.

 

C’est pour moi un ouvrage fondamental aux pleins sens du terme.

 

Je vais me permettre d’en reproduire ici l’épilogue. Non pas que cela puisse vous dispensez de vous le procurer et lire ce texte, mais, pour moi, cette reproduction ne peut que vous inciter à lire les 80 pages qui précèdent tant la charge philosophique et émotionnelle est porteuse d’espoir et d’avenir SI l’humanité sait s’en saisir…

 

Merci aux auteurs et à leur éditeur de me permettre cela. En le faisant, je ne m’attribut pas leur texte mais je rêve que mon faible auditoire intériorise, comme j’ai à peine commencé à le faire, la teneur de leurs recherches communes au service de l’humanité.

 

-/-EPILOGUE

FINIR LA PHRASE COMMENCEE en 1789

Il y a, au seuil de la Déclaration des droits de l’homme, un paradoxe qui passe inaperçu depuis plus de deux siècles. Il n’apparait que lorsque l’on relit la première phrase, non pas dans la majesté de son ton, mais dans la littéralité de sa grammaire. «Les hommes naissent et demeurent… » Lorsqu’une phrase s’ouvre sur « nait et demeure », un lecteur attentif attend la suite logique : où ?dans quel lieu ? à quel endroit ? On nait et on demeure toujours quelque part, dont la qualité conditionne la possibilité même d’une vie libre, égale et digne. Et pourtant, soudain, la phrase bifurque. Elle saute la marche essentielle. Elle ne répond pas à la question qu’elle a elle-même ouverte. On objectera que « demeure » signifie ici une permanence dans le temps, non un séjour dans l’espace. Mais c’est précisément ainsi que travaille le droit : un même mot porte plusieurs régime de sens, et c’est cette polyphonie qui autorise à faire apparaître, sous la permanence des droits , la question refoulée de leur condition terrestre. Car si ces droits doivent demeurer dans le temps, alors il faut nommer et protéger ce sans quoi ils ne peuvent pas demeurer du tout – un monde habitable.

   Le texte de 1789 a sauté une marche : il a commencé la phrase du lieu, et la immédiatement détourné vers le droit – sans jamais nommer le monde. Cet oubli n’est pas purement stylistique : il a été constitutif. En effaçant le monde, en effaçant les interdépendances qui rendent possible toute demeure humaine, la Déclaration à rendu juridiquement invisible ce dont toute vie humaine dépend : l’habitabilité produite par la diversité de la vie.

Cet oubli de monde a été payé par deux siècles d’invisibilisation du vivant, et il s’achève aujourd’hui dans la crise écologique. Car on ne peut pas protéger ce qu’on ne sait pas nommer, et l’on ne peut pas nommer ce que l’on a tu dès la première phrase.

Le droit moderne à fondé l’humain mais il a laissé hors champ le monde où l’humain nait et demeure. Il a affirmé la dignité, la liberté, l’égalité – mais il n’a jamais pris la peine de rappeler la condition terrestre de toute vie humaine. C’est pourquoi la crise écologique n’est pas seulement une crise des milieux : c’est une crise de l’architecture même du droit moderne, une crise du geste inaugural qui, en ne disant pas où l’être humain nait et demeure, a installé en son cœur un refoulé cosmologique. Si l’on veut réparer cet angle mort métaphysique, rendre au droit le sol qui lui manque et restaurer la part manquante du projet humaniste, il faut reprendre la phrase là où elle a été interrompue.

Aujourd’hui l’histoire nous ramène à ce point exact. Finir la phrase commencée en 1789. Reconnaitre que l’habitabilité précède la liberté et l’égalité, qu’elle en est la condition silencieuse – et qu’il revient désormais au droit de la protéger avec le même sérieux qu’il à protégé les principes qui en dépendent.

C’est dire enfin ce que le texte laisse en suspens :

 

Tous les êtres humains naissent et demeurent sur une terre rendue habitable par la vie, libres et égaux en dignité et en droits.

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